Les Possibles de son corps / Outre
Quartett Éditions, 2012

– Il a dit reste ici et je reviens, tiens-toi tranquille et ne laisse pas ces mains tendues vers moi, ces doigts égrenés sur des épaules en fuite. Il a dit je reviens, il ne faut pas toujours que je sois là et que nous puissions nous toucher, que tu puisses me tenir comme moi je te tiens de loin, comme moi je t’ai de loin enroulée dans ma poche, dans ma tête. Il faut que nous gardions cette tension il faut que tu restes debout que tu tiennes bien debout toute droite les bras encore tendus raides autour de mon cou disparu il faut garder cette attente pour que tu n’en puisses plus. C’est beau cette attente il a dit ça et bien sûr je ne pouvais qu’acquiescer car son corps contre moi était terrifiant  de le sentir comme ça je me demandais ce qu’il pouvait y avoir de plus et je sentais la tension mais je ne voyais pas ce qu’il y aurait de plus véritablement je ne concevais pas quand elle se relâcherait ce qui se relâcherait qui de nous deux pouvait la relâcher.  Je ne savais pas si je devais faire quelque chose s’il était en mon pouvoir de faire quelque chose que je ne savais pas faire que je n’avais jamais su et mes mains pendaient, trempaient dans notre tension et je continuais de dire oui de la tête oui gardons cette chose dans laquelle je suis jusqu’à la taille et qui me draine et il a dit ne bouge pas garde les poings serrés sur les hanches reste comme ça je reviens. Alors j’attends sans vraiment savoir si je voulais rester et attendre mais je suis là je suis restée et j’attends et lui devrait revenir. Et je ne comprends pas parce que vraiment je sais repasser mes vêtements, j’ai les cheveux propres et je gagne toujours à la bataille

Les Possibles de son corps explore, dans une écriture ciselée et râpeuse, lyrique et brute, diverses manières d'habiter un corps de femme. Mannequin parfait, poupée menacée, figure menaçante : le "je" féminin fait jaillir, sur une brèche mince entre le cynisme et l'émotion, l’urgence d’un érotisme empêché, d’un besoin sensible brûlant et insatiable. Comment être présent physiquement, sensuellement, à l’autre sans s’échapper dans des fantasmes d’impossible perfection ou de maladroites stratégies d’évitement ? Comment dire et vivre son désir ?

Cette écriture poétique, écriture sans message, déjouant le réalisme, me paraît politique : elle nous ramène directement à notre intimité et à notre actualité collective d’hommes et de femmes.  
Philippe Manevy, préfacier

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Outre est un passage en revue, souvent moqueur, parfois troublé et sombre, de quelques usages un peu trop fréquents du théâtre contemporain : énonciation chorale, impersonnalité des situations, absence de contact véritable et ultra-violence banalisée… Et au sein de l'outre, de l'outrance, éclot un questionnement : comment trouver une voix propre au milieu d’une foule anonyme, d’une communauté agressive, d’une parole globale ?

Il serait réducteur de lire Outre comme un simple manifeste : il s’agit bien d’une pièce, d’un matériau à jouer qui multiplie les figures à représenter, les situations à développer, les potentialités burlesques ou tragiques, et les questions adressées au lecteur comme à la scène. 

Philippe Manevy, préfacier

Outre de Pauline Picot - Élise Bonnard
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Création sonore de Outre pour Radio Canut
par Élise Bonnard
Lecture : Élise Bonnard et Charlotte Fermand

Autour des Possibles de son corps et de Outre à la librairie Passages (Lyon) le 13 novembre 2012

Mise en voix de Cécile Goussard, Adrien Saouthi et Pauline Picot

Photographies de Méghanne Quéméner

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